J’en remets une couche mais je crois que c’est important de bien faire la différence entre une idée qui porte un vrai potentiel et une idée mal documentée.

L’exemple qui va suivre a été relayé par la chaîne d’information américaine CNN en mars 2014. En retranscrit, ça donne :

Un jeune homme de 14 ans, à qui on a demandé de réfléchir comment son école pourrait faire des économies, s’est rendu compte qu’en changeant la police de caractère sur les documents imprimés, l’école pourrait économiser environ 21.000$ par an. Il a fait des calculs pour plusieurs polices à l’aide d’un logiciel évaluant la consommation d’encre, et la quantité d’impressions réalisées par son école.

En extrapolant à l’administration des Etats-Unis, cet élève affirme que l’état pourrait économiser environ 136 millions de dollars.

Le problème, c’est que cette idée, après avoir été relayée largement par les plus grands journaux, a été déboulonnée par des infographistes : tout simplement sa solution ne prends pas en compte la taille des caractères. L’explication complète est notamment donnée par le Guardian (article en anglais) : Ask a designer: why switching fonts won’t save the US government millions.

Effectivement la police Garamond consomme moins d’encre que Times New Roman, à taille de caractères égale. Cependant les tailles de caractères d’une police sont arbitraires et ne sont pas équivalentes d’une police à l’autre. En résumé si on change directement un texte de Times New Roman à Garamond, on obtient un texte beaucoup plus petit et on prend le risque qu’il devienne illisible.

Lettres;

Trois polices de la même taille, théoriquement (ici 190pt) : Garamond (en jaune), Times New Roman (rose) et Century Gothic (bleu).

Qu’aurait-il fallu faire pour éviter de se tromper ?

  • Définir les contraintes et objectifs d’une impression papier : Cet étudiant a bien identifié le problème du coût de l’encre, mais il a oublié la finalité de l’impression, c’est-à-dire être lu, et donc implicitement être lisible !
  • Inclure une phase de test : il aurait suffit d’imprimer n’importe quel document en appliquant cette idée pour se rendre compte de son manque de pertinence.
  • Soumettre son idée à la relecture : dans le cas de cet adolescent il semblerait que ni ses professeurs qui l’ont encouragé à publier, ni les relecteurs de la revue scientifique étudiante, ni les journalistes de CNN n’aient pu détecter la moindre faille. Ces personnes se sont probablement plus concentrées sur le résultat que sur le contenu… Il aurait fallu demander un regard critique à des personnes capables de remettre son approche en question.

Des fausses bonnes idées beaucoup de gens en ont, mais qu’est-ce que celle-ci a de particulier ? Elle a fait le buzz, et trois ans après, elle est toujours relayée (c’est donc un hoax). Cette idée avait beaucoup d’atouts pour plaire au plus grand nombre : un très jeune auteur, une mise en œuvre facile, des économies impressionnantes. Ajoutez à cela des journalistes peu consciencieux qui se basent sur la popularité d’une nouvelle avant d’étudier son sérieux et le tour est joué.

Que cette histoire ne décourage personne à publier sur l’incubateur ! Je reconnais que ce jeune homme a eu une approche intéressante, et si son idée n’a pas été retenue par l’administration américaine (en fait ils savent très bien calculer !), elle a permis de rappeler quel était le coût des impressions à l’échelle d’une grande nation. Elle a aussi permit de se reposer la question du gaspillage de papier imprimé, avec plusieurs approches possibles : Comment imprimer moins ? Comment avoir des encres moins polluantes ? Faut-il que toutes les impressions soient pérennes dans le temps ? Quelle est l’empreinte d’une alternative numérique ?

En conclusion, même si votre idée est recalée, au moins vous aurez eu le mérite d’avoir soulevé un débat, qui peut susciter d’autres idées…

 

 

 

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